Maladies pulmonaires aux Etats Unis : la vape hors de cause

Depuis la fin du mois d’août une mystérieuse maladie pulmonaire frappe les États-Unis. Bilan : 380 personnes hospitalisées et 6 morts. Les médias se sont empressés de désigner un premier coupable, la vape. Or, il s’avère que ce n’est pas le fait de vapoter lui-même qui cause ces problèmes pulmonaires, mais les produits consommés.

Des huiles au THC à l’origine des affections pulmonaires

Il convient tout d’abord de préciser que cette épidémie affectieuse pulmonaire n’a touché que les États-Unis, aucun autre pays n’a signalé de cas similaire. Il a été très difficile d’identifier avec précision les causes précises des affections pulmonaires qui ont touché près de 400 américains. La majorité d’entre eux sont des adolescents ou de jeunes adultes qui ne souhaitaient pas avouer leur consommation de THC (ingrédient psychoactif du cannabis).

Toutefois, les enquêtes menées par des journalistes américains ont mis en évidence que des recharges vendues sous le nom de Dank Vapes auraient été impliquées dans les affections pulmonaires de vapoteurs américains. Vendues au marché noir dans la rue et sur Internet, ces produits étaient conditionnés sous forme de cartouches scellées, vendues avec des pods, qui contenaient de l’huile de vitamine E dans laquelle est diluée du THC.

Ces informations ont été confirmées quelques jours plus tard par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), agence fédérale américaine en matière de protection de la santé publique, a indiqué que la plupart des victimes utilisent l’huile de THC et la plupart des tests ont permis d’ identifier des quantités importantes de vitamine E acétate dans les huiles consommées.

Le département de la santé de New York a déclaré quant à lui que les résultats des tests de laboratoire montraient des niveaux très élevés d’huile de vitamine E dans les cartouches de cannabis utilisées par les 34 personnes de l’Etat qui étaient tombées malades après avoir vapé.

Le Washington Post a révélé que le gouverneur de New York avait assigné à comparaître trois fabricants d’huile de THC dans le cadre de l’enquête menée aux États-Unis. En effet selon le gouverneur, “Les fabricants utilisent des agents épaississants pour diluer l’huile de THC. Ces agents épaississants sont commercialisés et facilement disponibles sur Internet en tant qu’alternative moins chère et plus sûre; qui ne nuit pas à l’arôme ou à l’odeur des produits et peut être utilisée pour couper les produits et obtenir le taux de THC souhaité.

De la sorte, la cause avérée des intoxications est donc due à la vaporisation d’huile de THC  contaminé et n’a rien à voir avec l’inhalation de nicotine pour arrêter de fumer.

Quels sont les effets de la vaporisation d’huile sur les poumons ?

L’acétate de vitamine E est un agent huileux trouvé dans les produits contenant du THC vendus au marché noir. La structure moléculaire le rend dangereux en cas d’inhalation et peut provoquer de symptômes respiratoires comme ceux rapportés par de nombreux patients: toux, essoufflement et douleur à la poitrine.

L’inhalation d’huile et plus particulièrement l’acétate de vitamine E crée une couche graisseuse dans les poumons au niveau des alvéoles lorsqu’il est inhalé, provoquant une grave inflammation des poumons. L’examen du tissu pulmonaire des malades a révélé la présence de “cellules macrophages” pleines d’huile et a confirmé le diagnostic de “pneumonie lipoïde (pneumonie provoquée par la graisse)” dans de nombreux cas.

Pour simplifier, les poumons servent à filtrer l’air afin d’apporter de l’oxygène au sang et d’évacuer le dioxyde de carbone par les voies respiratoires. Le fait d’inhaler de l’huile, qui est un solide, bouche les alvéoles des poumons et empêche l’alimentation du sang en oxygène et l’évacuation du dioxyde de carbone.

Le professeur Bertrand Dautzenberg explique que “Le poumon est un organe très sensible qui aime certains produits et qui n’en aime pas d’autres. Le poumon a absolument horreur de tout ce qui est produit huileux. Mettre dans une cigarette électronique des extraits huileux de vitamine E, c’est s’exposer à des maladies graves voire à la mort comme on le voit aux États-Unis”.

Quelle différence entre les e-liquides classiques et les liquides huileux au THC ? 

Nous en avons parlé dans de précédents articles tant pour le Michigan, que suite aux déclarations de Donald Trump, cette malheureuse affaire a servi de prétexte aux tenants du pouvoir exécutif aux États-Unis pour interdire les arômes pour e-cigarette. Mais qu’en est-il réellement ?

La différence fondamentale entre les e-liquides classiques et les liquides huileux incriminés consiste dans le fait qu’il n’y a pas d’huile dans les e-liquides nicotinés “classiques”. Il est impossible dans le cas d’un vapotage “normal” de e-liquides nicotinés de provoquer les lésions pulmonaires constatées sur les victimes américaines. La nicotine est en effet dissoute dans du propylène glycol (PG) et de la glycérine végétale (VG), qui sont des alcools et non des huiles. Certaines des victimes de l’épidémie étaient également utilisatrices d’e-liquides classiques nicotinés, mais seule une af



fection par consommation d’huile au THC a pu être identifié comme raison de l’infection. En aucun cas, les liquides nicotinés consommés par les victimes n’ont été mis en cause.

Sur ce point, le professeur Dautzenberg précise que “la recommandation c’est vraiment d’acheter des produits qui sont légalement vendus en France. Tous les produits qui sont légalement commercialisés en France ne donneront jamais les effets observés aux États-Unis”.

Pour Claude Bamberger, président de l’AIDUCE, association française de défense des utilisateur de cigarette électronique,”Sur la base des informations que nous avons, nous ne considérons pas qu’aux États-Unis il y ait un problème de vape (légale et réglementée), mais un problème de prohibition du cannabis (et pas un problème avec le cannabis). Prohiber des produits du vapotage sous ce prétexte est donc  irresponsable puisque cela n’a rien à voir avec la nicotine dans leur circuit légal (le seul qui serait directement impacté par une telle réglementation) et étendrait dramatiquement le problème aux vapoteurs qui utilisent des eliquides classiques nicotinés ou non. Nous considérons naturellement que les États-Unis gagneraient à appliquer une réglementation comme les produits de consommation courante en Europe et, puisqu’ils sont souverains, avec ou sans limitation aux mineurs (l’AIDUCE soutient l’interdiction de vente aux mineurs, c’est à un adulte responsable de décider, mais pas l’interdiction de consommation par les mineurs)”.

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